Toute une philosophie

Crescendo porte bien sûr une vive admiration à ces interprètes illustres qui, à l’échelon mondial tiennent le devant de la scène. Il y a quelques décennies, leur nom suffisait à attirer les foules ; c’est de moins en moins le cas. A plusieurs égards le star-system marque ses limites. Au plan financier, ce sont des cachets prohibitifs, qui font la prospérité de grandes agences internationales mais que bien des organisateurs ne peuvent se permettre : la spéculation gangrène tout un milieu. C’est aussi la saturation qui guette ceux qui, cent fois par année, franchissent les fuseaux horaires et qui donnent deux cents concerts par an, ou davantage. Ce sont les mélomanes enfin, qui exigent le meilleur du meilleur, qui brandissent les versions historiques, les indétrônables références.

Pour Crescendo toute autre est la vérité de la musique. Elle se trouve d’une part dans la proximité, d’autre part dans la volonté d’instaurer, avec le public, un rapport différent à la musique. Un public c’est en quelque sorte une communauté, une pensée partagée, la rencontre.

Genève est une riche pépinière musicale et ses écoles témoignent d’un niveau élevé. Puiser dans le vivier local ce n’est aucunement abdiquer la qualité. Nombreux sont les artistes genevois qui, dûment titrés, sont capables de prestations éblouissantes, aptes à toucher les auditoires.

Crescendo c’est aussi un certain regard sur la jeunesse, regard qui consiste à ne pas attendre de l’adolescent qu’il consigne déjà dans son jeu l’expérience de vie des musiciens à la longue carrière, à ne pas considérer que la virtuosité de futures bêtes de cirque, mais à appréhender la personnalité globale, à en pressentir les développements ; enfin à prendre en compte la situation présente et personnelle de l’apprenti musicien, à prendre la mesure de ce qui l’attend.